Les déboires des instits de la fonction publique

Lundi 3 décembre 2012 (Catherine)

Le nombre d’écoles au Bangladesh est incroyable ! Avec quelque 82 000 écoles primaires, dont 48 % d’écoles publiques, le Bangladesh a mis sur pied le plus grand système éducatif au monde. Environ 182 000 instituteurs sont des fonctionnaires de l’Etat. Cela traduit la volonté de cette nation si jeune encore (le pays a acquis son indépendance en 1971) de progresser et de se moderniser.
Malheureusement, la qualité de l’enseignement aussi bien primaire que secondaire, n’est pas forcément bonne (que ce soit dans les écoles publiques ou privées). Voilà pourquoi de nombreux élèves ont recours à des leçons particulières pour être à même de passer leurs examens.
A quoi tient cette médiocre qualité d’enseignement ? L’une des raisons, c’est certainement l’absentéisme quasi chronique des instituteurs. En effet, de nombreux enseignants ne se rendent tout simplement pas dans leur classe. Par contre, ils donnent régulièrement des leçons privées qui sont nettement plus lucratives. On nous a expliqué que les instits, s’ils sont présents en classe, dispensent un enseignement médiocre pour s’assurer la demande de leçons particulières. Afin de ne pas être pénalisés, ils paient les inspecteurs qui les contrôlent et qui sont censés rapporter tous les dysfonctionnements des écoles. Cette forme de corruption est très largement répandue, tout le monde « le sait », le gouvernement en est conscient mais n’arrive pas à changer la situation. (D’ailleurs on nous a expliqué que cette « coutume » se retrouvait aussi dans les écoles privées chères et bien cotées).
Les premiers qui souffrent de cette situation sont évidemment les élèves qui n’ont pas les moyens de se payer des leçons particulières. La nationalisation des écoles devrait promouvoir la justice sociale, devrait réduire la discrimination sociale, mais actuellement, on en est loin !

Je tiens à préciser que la situation décrite dans ce post ne concerne absolument pas les écoles d’ONG telles que Friendship. Les instituteurs de Friendship sont recrutés dans les communautés rurales, ils enseignent là où ils habitent et sont très étroitement contrôlés mais aussi assistés par les supervisors. Au cours des derniers mois, nous avons pu nous rendre compte sur place du bon fonctionnement de ce système.
De plus, les habitants très pauvres des chars n’auraient jamais les moyens de payer des leçons particulières ! Si vous voulez en savoir plus sur l’approche de Friendship en matière d’éducation je vous invite vivement à lire le pdf : Education dans notre rubrique FRIENDSHIP NGO ou de visiter leur site web.

Une analyse publiée par l’ONG FIVDB (Friends in Village Development Bangladesh) tente d’expliquer ce phénomène.
Jadis, les instituteurs étaient des gens respectés et influents dans les milieux ruraux, étant donné qu’ils étaient les seuls à jouir d’une certaine éducation. Leur autorité était reconnue par tous, ils étaient interprètes, scribes et recenseurs. La situation a changé depuis la nationalisation de l’éducation primaire en 1973 : depuis ce jour les instits travaillant pour le gouvernement sont devenus des fonctionnaires Classe III. Ils n’ont plus la possibilité de suivre des formations professionnelles qui leur permettraient d’acquérir un meilleur statut aussi bien dans le système de la fonction publique que dans la société dans son ensemble.
La hiérarchie de classe est très importante au Bangladesh, elle décide du statut social et économique d’un chacun. Dans la hiérarchie de la fonction publique, les gens des classes III et IV sont mal payés et peu respectés. L’instit suit les instructions de son supérieur, son salaire suffit à peine pour mener une vie décente et en plus on les implique de plus en plus dans des programmes qui n’ont rien à voir avec leur tâche académique, comme par exemple la distribution des salaires à d’autres fonctionnaires et/ou de paquets alimentaires ce qui rend leur tâche encore plus exigeante.
Tout cela explique pourquoi la satisfaction et la motivation du personnel enseignant sont très basses. Ils sont très mécontents de leur rémunération, ils souffrent de leurs conditions de travail et de leur peu de considération.

Cependant, le FIVDB tient à préciser que tous les instituteurs ne sont pas pareils. Il y des exceptions et il y en a toujours qui font preuve d’un engagement intransigeant, d’un dévouement exemplaire et d’une volonté inébranlable de fournir un enseignement de qualité. Leurs efforts et leur succès passent malheureusement souvent inaperçus et ils souffrent de leur mauvaise réputation. Cela me rappelle quelque chose…

The trials of governement school teachers (Catherine)

There is an incredible high amount of schools in Bangladesh! Bangladesh has the largest primary education system in the world with some 82 000 schools and 48% of them are Government schools. Approximately 182 000 teachers are Government teachers. This proves the will of this still young nation (the country became independent in 1971) to progress and to modernize.

Unfortunately, the quality of the education, primary as well as secondary, is not necessarily good (neither in the public nor in the private sector). This is why a lot of students resort to private lessons in order to be able to pass their exams.

So why is the quality of education that poor? One of the reasons is without any doubt the almost chronic absenteeism of teachers. Lots of teachers would simply not go to their classes. On the other hand, they give regularly private lessons which are much more profitable. We were told that the teachers, if they are in class, provide a poor school teaching, in order to ensure the request of private lessons. In order not to be penalized, they pay the inspectors who control them and who should report all dysfunctions in school. This kind of corruption is widespread, everybody knows about it, the government is conscious of the situation but doesn’t know how to manage it. (Beside, we were told that this “custom” is also very frequent in the expensive and highly rated private schools).

The first ones that suffer from this situation are of course the students that cannot afford private lessons. The nationalisation of education should promote social justice, should reduce social discrimination, but currently we are far away from this!
I want to highlight that the description of the situation in this post doesn’t at all concern the schools of NGO’s such as Friendship. The teachers of Friendship schools are recruited systematically from the communities in which the schools are located, they teach where are the living and they are very closely controlled but also assisted by the supervisors. During the last months, we could observe on the spot the good running of this system.
Furthermore, the very poor inhabitants of the chars would never have the means to pay private lessons! If you want to know more about Friendship’s approach on education, I invite you to read the pdf: Education on our page FRIENDSHIP NGO or to visit their web site.

An analysis published by the NGO FIVDB (Friends in Village Development Bangladesh) tries to explain this phenomena.
Formerly, primary teachers were considered as potent and respected in the rural areas as they were the only ones in a community with an education and therefore had substantial authority in the community acting as interpreters, letter-writers and census counters. This situation changed since the nationalisation of primary education in 1973: now the teachers working in the Government Primary Schools have become Class III government employees. Teachers no longer have the option to achieve higher educational qualifications and vocational training which could have made a significant difference in their status, both within the civil service system and in the society at large.
Class hierarchy is very significant for the country, which constructs one’s social and economical status. In the civil service hierarchy, class III and IV ranked people do not receive good treatment and respect. They are simply following the instructions and regulations laid down by their Superior, they receive a very low salary that is insufficient for living a decent life with modest social status and they are more and more involved in non-academic programmes like delivery of stipends and food support packages which contributes to making their jobs more demanding.

All this explains why the satisfaction and motivation of the teachers are so low. They are highly dissatisfied with their remuneration, lack of financial benefits and conditions of service.
However, The FIVDB highlights that all teachers are not the same. There are exceptions and some teachers still work with uncompromising commitment and dedication towards providing quality education. But unfortunately, heir efforts and their successes are often unnoticed and they suffer from their bad reputation. This reminds me of something…

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